Le royaume
Parfois, j'ose imaginer que tu me lis Loin dans le temps, plus loin encore que ma vie Je voudrais te raconter tout l'instant présent L'insondable magie et l'enchantement Où dans le vide du cachot sombre et humide Assis sur mon matelas de mousse livide Je crayonne. Mais cet instant de silence aigu Porté par le doux fluide des secondes nues T'est défendu, quelle injustice que le temps Où s'est perdu l'amour par quelques mots savants Je m'amuse à jouer cependant de cette chimère Et dire comme pour me diluer dans l'air Pour ainsi te rejoindre par delà le vent Des atomes dans l'immense bouillonnement Il est là, le mur, ô toi, parmi ces vestiges De tendresse abandonnée au froid du litige Le royaume possède la vertu des nues Ouvert à quiconque se grandit de l'absolu À quiconque se nourrit d'un amour sans faille Il n'est plus alors, ni muraille, ni soupirail Jean-Luc Levesque Décembre 1989